Impossible d’évoquer Marseille sans tomber, un moment ou l’autre, sur l’odeur de saffran, d’ail et de poisson qui s’échappe d’une marmite quelque part sur le Vieux-Port. La bouillabaisse n’est pas qu’une recette : c’est une histoire éclatée, faite de pêcheurs, d’anecdotes populaires, parfois enjolivées. Difficile, d’ailleurs, de démêler le vrai du folklorique.
Si on prend les choses à la racine, la bouillabaisse serait née chez les pêcheurs marseillais, qui, à leur retour au port, utilisaient les poissons invendus, réputés trop petits ou trop osseux pour être vendus entiers. Ils les faisaient cuire dans l’eau de mer, avec de l’huile d’olive, des aromates, quelques légumes, et surtout les fameux poissons « roche ». Ce bouillon nourrissant réchauffait autant qu’il rapprochait.
Le nom lui-même vient du provençal « bouiabaisso » : « quand ça bout, tu baisses ». Ça dit tout de la philosophie du plat : garder le feu vif pour l’ébullition, puis cuire lentement. En filigrane, la bouillabaisse, c’est la Provence qui refuse la précipitation, qui donne du temps au temps – du goût au goût.
Une anecdote marseillaise souvent évoquée : dans les années 1900, des restaurateurs commencent à servir aux visiteurs du Vieux-Port une version embourgeoisée du plat. Résultat : la bouillabaisse monte en gamme et s’invite sur les grandes tablées. En 1980, plusieurs chefs des environs officialisent même la « Charte de la Bouillabaisse » pour figer un minimum de règles sur les poissons, le service, et la fameuse rouille (Source : Marseille Office de Tourisme).